De Marie Simon
Date: 30/04/2017
Monnaie nationale, commune, unique… Le ton de la candidate du Front nationale a progressivement glissé au sujet de la sortie de l’euro. Au point que cette mesure controversée pourrait passer à la trappe?
Marine Le Pen a démenti ce dimanche toute «contradiction» dans sa position sur l’euro. Pourtant, la sortie de la monnaie unique, gravée au coeur de son programme économique depuis des mois, ne figure plus ni dans sa profession de foi pour le second tour ni dans son projet d’accord avec Nicolas Dupont-Aignan rendu public samedi. La candidate du Front national évoque désormais le maintien de l’euro comme «monnaie commune» qui coexisterait avec une «monnaie nationale»… tout en assénant que «l’euro est mort». Décryptage.
● Un programme axé sur le sortie de l’euro
Baisse du pouvoir d’achat, déficit commercial, faible croissance… Tout au long de sa campagne et même bien avant, Marine Le Pen accuse l’euro de tous les maux et défend le «patriotisme économique». Le scénario d’une sortie de l’euro fait partie de l’ADN de son parti souverainiste et «anti-système».
La candidate et ses lieutenants du Front national récusent régulièrement les arguments de nombreux chefs d’entreprises et économistes, inquiets des conséquences néfastes d’un retour au franc, promettant au contraire regain de compétitivité et créations d’emplois une fois ce «boulet» abandonné.
En tête des 144 engagements de Marine Le Pen en cas de victoire, figure donc cette promesse: «Restituer au peuple français sa souveraineté» monétaire, territoriale et économique. Confortée par le Brexit, qui a fait s’écrouler le tabou d’une sortie de l’Union européenne, elle promet d’organiser un référendum sur l’appartenance de la France à l’UE. Outre ce «Frexit», elle prévoit aussi le «rétablissement d’une monnaie nationale» et la taxation de certains produits importés.
● Silence sur le sujet depuis le premier tour
Mais depuis le 23 avril, le ton change. La rhétorique de Marine Le Pen glisse, faisant du second tour de la présidentielle «un référendum pour ou contre la France». Sa profession de foi pour le second tour publiée vendredi 28 avril ne fait plus mention de «la souveraineté monétaire». Sous le chapitre «restaurer la démocratie, rendre la parole au peuple», Marine Le Pen affirme y parvenir «en renégociant les traités européens pour retrouver notre souveraineté et bâtir une Europe des Nations», sans aucune allusion à une éventuelle sortie de l’euro.
Face à Emmanuel Macron, un européen convaincu, Marine Le Pen doit en effet tenter de convaincre les eurosceptiques, notamment parmi les électeurs de François Fillon du premier tour. Mais sans braquer pour autant les Français inquiets de son projet de sortie de l’euro. Or ils sont nombreux. L’opinion publique y est majoritairement défavorable, avec 28% d’avis favorables contre 72% opposés, selon un récent sondage Ifop pour Le Figaro et la Fondation Robert Schuman. D’où le fait que Marine Le Pen baisse d’un ton sur le sujet, au risque de brouiller les pistes.
● Abandonner l’euro n’est plus «un préalable»
Ce rétropédalage a été acté dans l’accord conclu avec Nicolas Dupont-Aignan, rendu public samedi 29 avril. Des ajustements ont été apportés au programme du FN, et notamment sur l’euro. «La transition de la monnaie unique à la monnaie commune européenne n’est pas un préalable à toute politique économique», mentionne le texte de trois pages. Un «calendrier adapté aux priorités et défis immédiats» est évoqué. Le tout pourrait prendre «un an, un an et demi», glisse Marine Le Pen dans un entretien accordé au quotidien Sud-Ouest.
La négociation sur l’UE et l’euro commencera en 2018 et durera «plusieurs mois», voire années», précise Marion Maréchal-Le Pen. Exit le scénario prévoyant des négociations éclair de six mois, dès la victoire éventuelle de Marine Le Pen, puis un référendum dans la foulée? «Je pense que cette position, même sur le plan des traités stricto sensu et du droit, n’apparaissait pas tout à fait réalisable. Ça sera un long processus, un processus mûri», ajoute la députée FN du Vaucluse, nièce de la candidate frontiste.
● «Nous aurons une monnaie nationale»
Sortir de l’euro n’est donc plus une urgence totale. Interrogée sur une éventuelle contradiction sur le sujet, Marine Le Pen rétorque à BFMTV: «Cela fait assez longtemps que je réclame la transformation de la monnaie unique vers la monnaie commune. Par conséquent, il n’y a là aucune contradiction. Oui, je pense que l’on peut parfaitement conserver l’euro monnaie commune.» Une monnaie commune qui ressemblerait peut-être à l’ECU, mis en place en 1979 avant de laisser la place à l’euro, monnaie unique, en 1999. Il y aurait un retour à «une sorte de Serpent monétaire européen», a expliqué à l’AFP fin mars Bernard Monot, «stratégiste économique» du parti, «mais avec des marges de fluctuation plus larges qu’avant».
C’est «à se demander si ce projet de rupture avec l’euro n’est pas abandonné», s’interroge Le Parisien qui publie ce dimanche 30 avril une interview de Marine Le Pen où elle tente de préciser les choses, sans convaincre. «L’euro est mort», clame-t-elle… mais pas tout à fait. «Nous aurons une monnaie nationale comme tous les autres pays et nous aurons ensemble une monnaie commune». L’euro, donc. Pas tout à fait mort. Marine Le Pen affirme en outre au quotidien n’avoir «jamais dit que la France» sortira de l’euro. Difficile à suivre.

Source: http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/04/30/20002-20170430ARTFIG00082-marine-le-pen-nie-toute-contradiction-dans-sa-position-sur-l-euro.php